Vers une certification à utiliser l’IA?
En tant que professeur, je me questionne depuis plusieurs années sur la façon dont je pourrais intégrer l’IA dans mes cours. Je suis hésitant. Je suis ignorant sur cet outil qui prend de plus en plus de place dans mon environnement professionnel et personnel. Je me demande quels sont les avantages, les bienfaits, les limites et les inconvénients. Je lis, je m’informe et je me forme. Je tente de comprendre l’effet de l’IA sur les personnes apprenantes. Lavoisier (1789) me revient en tête : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Quelles sont les transformations que va provoquer (ou provoque déjà) chez les personnes étudiantes que nous formons à l’Université Laval? Quelles fonctions cognitives l’intelligence artificielle va-t-elle transformer? Le 29 juin 2007, une compagnie a commercialisé un certain iPhone incluant une application nommée Google maps. Bien que géniale, l’utilisation de cette application par une génération a relégué aux oubliettes son sens de l’orientation et la nécessité de reconnaître le nord du sud, en plus de diminuer l’attention portée aux noms des rues et boulevards pour s’orienter. Bien malheureux et anxieux seraient certains humains qui devraient voyager sans leur téléphone intelligent. Certaines personnes ont donc confié leur fonction cognitive d’orientation spatiale à une boîte de matériaux vitrée. Au-delà de la transformation des fonctions cognitives, je me questionne sur les connaissances et compétences minimales nécessaires pour utiliser l’IA. Certains de mes collègues professeurs enthousiastes vantent avec raison les mérites de l’IA qui permet de planifier, chercher, résumer, rédiger et j’en passe. Toutefois, mentionnons que mes collègues sont des experts dans un domaine; cela implique des connaissances, des compétences, des fonctions cognitives de hauts niveaux et bien d’autres choses qui prennent des décennies à développer. Grâce à leur expertise, mes collègues sont en mesure de converser avec l’IA mais surtout, ils sont capables d’être critiques et de détecter les erreurs, les dérives, les mensonges et les falsifications que peut produire l’IA. Sachant cela, à quel moment pouvons-nous certifier que les personnes étudiantes sont en mesure d’utiliser l’IA en mitigeant les risques de désinformations ou de mésinformations? Les enfants, les adolescents et les jeunes adultes débutent l’utilisation de l’IA sans avoir les connaissances et compétences permettant d’adopter une posture critique permettant de vérifier si ce que l’IA propose est adéquat. Avec l’IA, ils peuvent produire sans grandes compétences et connaissances en quelques minutes ce que l’expert produit en des années sans intelligence artificielle. Par exemple, je pourrais m’improviser spécialiste de la physique nucléaire et produire des rapports sur ce sujet à l’aide de l’IA et je les accepterais comme vrais sans pouvoir vérifier si le fruit de « mon » travail comporte de graves erreurs. Alors quand permettre l’utilisation de l’IA? Est-ce seulement à la fin du parcours scolaire? Est-ce à la suite de la certification ou l’attestation par les maîtres d’une profession ou d’un métier qu’une personne pourrait l’utiliser? Est-ce que l’université deviendrait un lieu de certification menant au droit d’utiliser l’IA? Je fabule en imaginant le doyen de la Faculté mentionner ceci lors de la remise du diplôme : « À votre diplôme est joint une licence de Chat-GPT pour les deux prochaines années qui doit être renouvelée pour attester le maintien de vos compétences, bon succès dans vos futures fonctions! ».
par Jonathan R. Chevrier